Substack : l'intérieur signe son retour sur le web ?
L'effervescence est palpable. De plus en plus de designers d'intérieur se lancent sur Substack, une plateforme qui promet un retour aux formats longs et à la proximité avec l'audience. Mais cette ruée est-elle justifiée ? Est-ce un investissement rentable, ou simplement un effet de mode éphémère ?
L'ascension fulgurante de substack dans le monde du design
Alors que les réseaux sociaux, notamment Instagram, montrent des signes de lassitude chez les consommateurs, Substack se présente comme une alternative séduisante : un espace dédié au contenu long, personnalisé et réfléchi. Si le secteur du design était resté longtemps fidèle à Instagram, la donne est en train de changer. Kelly Wearstler, véritable pionnière, a déjà rassemblé plus de 42 000 abonnés avec son newsletter Wearstlerworld. Jeremiah Brent et Colin King ont également sauté le pas, témoignant d'un intérêt croissant pour cette nouvelle forme de communication.
Mais le succès de Substack ne se limite pas aux stars. Des studios émergents y trouvent également un moyen de se faire connaître et de développer leur clientèle. Brad Thornton, par exemple, a lancé Can I Move That?, un espace où il partage son expertise et ses réflexions sur l'aménagement d'intérieur.

Un modèle économique complexe
Le fonctionnement de Substack est relativement simple : les créateurs peuvent rejoindre la plateforme gratuitement et proposer des articles payants, un forum de discussion et un accès privilégié pour leurs abonnés. Substack prélève 10 % des revenus générés par les abonnements, tandis que Stripe, le processeur de paiement, retient 3 %. Si la plateforme ne propose pas encore de système de publicité, elle envisage cette option. L'enjeu principal réside dans la constitution d'une audience fidèle et disposée à payer pour accéder au contenu.
Comme l'explique Colin King, « posséder sa propre liste de diffusion est un atout inestimable pour toute entreprise. Contrairement aux réseaux sociaux, Substack offre un accès direct aux données des abonnés, permettant une communication ciblée et personnalisée. Instagram peut changer ses règles du jour au lendemain, mais une liste d'emails est un lien direct avec son public. »

Temps et créativité : un investissement conséquent
Si Substack offre des opportunités uniques, son utilisation n'est pas sans contraintes. La production de contenu de qualité demande du temps et de l'énergie. Cola Studios, par exemple, a dû ajuster son rythme de publication après une première année intense, passant de deux articles hebdomadaires à deux articles mensuels. « C'est un deuxième travail », confie Sam Colamussi, l'un des fondateurs du studio. Le retour sur investissement n'est pas toujours immédiat, mais l'authenticité et la capacité à créer du lien avec son audience sont des atouts majeurs.
Sean Low, consultant en affaires créatives, souligne l'importance de s'inspirer d'Anthony Bourdain : « Il a su partager son expérience et ses opinions de manière sincère, créant ainsi un lien fort avec son public. C'est ce que Substack peut offrir aux designers, à condition qu'ils osent se montrer vulnérables. »
Jeremiah Brent, qui a récemment lancé son propre Substack, Letter from Jeremiah Brent, insiste sur l'importance de la profondeur et de la réflexion. « Substack permet de développer des idées de manière plus détaillée que sur Instagram, où la concision est reine. C'est un espace où l'on peut partager ses réflexions personnelles et ses expériences, sans filtre ni artifices. »
En fin de compte, Substack ne représente pas une solution miracle pour dynamiser les finances d'un studio de design. Mais, si l'on est prêt à investir du temps, à écrire régulièrement et à se montrer authentique, cette plateforme peut s'avérer être un outil précieux pour fidéliser sa clientèle et développer son réseau professionnel. Le prix à payer ? Une transparence radicale et une volonté de tisser des liens durables.