Jardinage champêtre : johnnie et sophie boden cultivent leurs visions divergentes en angleterre

Au cœur du Dorset, en Angleterre, le couple de créateurs de mode Johnnie et Sophie Boden entretient un domaine de 500 acres où l'harmonie et la divergence cohabitent. Leur propriété, Wytherston House, mélange avec audace traditions et modernité, reflétant leur individualité tout en créant un écosystème unique.

Entre prairies fleuries et jardins luxuriants, une séparation naturelle

Johnnie Boden, fondateur de la marque de vêtements homonyme, s'est installé dans cette demeure familiale en 2005. Il a choisi ce lieu pour son isolement, loin du bruit urbain et de la pollution lumineuse. D'un côté, s'étendent ses vastes prairies sauvages, un espace laissé à l'abandon pour favoriser une biodiversité florale exceptionnelle – coquelicots, campion des prés, cardois, etc. De l'autre, Sophie a aménagé un jardin plus classique, un écrin de verdure luxuriant, où roses, plantes grimpantes et fleurs sauvages s'entremêlent dans une esthétique délibérément désordonnée. « Je veux que ça ait l'air broussailleux, rempli de choses douces », explique-t-elle.

L’histoire de ce domaine remonte à l’époque romaine. Le manoir, dont certaines parties datent du XVIIe siècle, se dresse au sommet d'une pente, surplombant les dépendances agricoles restaurées avec des toitures de chaume. L’architecte Stuart Martin a supervisé l’ensemble de la rénovation. L’objectif premier n’était pas la maison elle-même, mais l’environnement, offrant un havre de paix et d’intimité.

Johnnie, visiblement passionné, se déplace avec son fidèle Welsh Terrier, Janet, pour examiner ses prairies. Il confesse une obsession pour la précision, qui se retrouve dans le choix minutieux des couleurs pour les fenêtres de la ferme et la typographie personnalisée des étiquettes des licous des chevaux. Le terrain, initialement considéré comme improductif, a été transformé grâce à une technique de labour spécifique, permettant l'émergence d'une flore sauvage riche et variée. Un travail d’amélioration du sol, avec l’ajout de chaux, a été réalisé avec l’aide de Charles Flower de Flower Farms.

Sophie, quant à elle, cultive un jardin plus « bohémien », avec des roses grimpantes qui drapent les murs de la maison et des plantes aux parfums enivrants. Elle apprécie le caractère sauvage de ses plantations, même si cela engendre parfois des conflits avec l’exubérance de la flore de Johnnie. « Quand ils se reproduisent en masse et sans invitation dans mes parterres, c'est un peu la guerre », plaisante-t-elle. Les variétés cultivées ont tendance à revenir à leur état naturel avec une rapidité déconcertante.

Le domaine abrite aujourd'hui une faune variée : oiseaux, papillons et petits mammifères prospèrent grâce à la diversité des plantes. Les légumes du potager, incluant des betteraves, des laitues, des pois gourmands et des haricots, complètent cet écosystème riche et équilibré.

L’ouvrage, publié dans le numéro d’avril, révèle une intimité rare sur cette propriété emblématique, où la créativité et la nature se rencontrent dans une danse harmonieuse, mais parfois conflictuelle. C'est une vision du jardinage qui célèbre la beauté du chaos et la richesse de la biodiversité.