Donner à une association : l'arnaque que vous ne voyez pas
Vous vous sentez bien en débarrassant votre grenier et en offrant vos affaires à une association ? Ralentissez. Le don massif d'objets inutilisables peut en réalité peser lourd sur le budget des organisations caritatives et entraver leur mission. Une réalité que j'ai moi-même constatée lors de déménagements successifs, et que l'on retrouve dans les témoignages de professionnels du secteur.
L'illusion du trésor caché
L'idée que chaque objet jeté puisse trouver un second souffle est séduisante. On imagine aisément une âme sœur dénicherant une perle rare dans un stock de dons. Mais la vérité est bien plus prosaïque. Les associations se retrouvent souvent submergées par des quantités astronomiques de biens invendables, des meubles abîmés aux vêtements déchirés, en passant par des appareils électroniques obsolètes. Le tri est fastidieux, le stockage coûteux, et l'élimination encore plus.
Nicole Morrison, directrice marketing de Goodwill of Orange County, le souligne avec justesse : “Nous encourageons les donateurs à se demander s'ils offriraient l'objet à un ami ou un membre de leur famille. Si la réponse est non, il est probablement inadapté au don.”
Jill Beets, vice-présidente marketing et communication d'Adelante, une association basée au Nouveau-Mexique, enfonce le clou : “Les gens essaient de faire ce qu'il y a de bien, mais donner des objets inutilisables crée une réelle dépense pour les associations. Nous payons plus de mille dollars par mois juste pour nous débarrasser des objets que nous ne pouvons pas vendre.”

Les pièges à éviter : bébé, matelas, peinture.
Certains articles sont systématiquement refusés. Les équipements pour bébés (sièges auto, lits parapluies, chaises hautes, poussettes) représentent un risque sanitaire majeur, car il est impossible de vérifier leur conformité aux normes de sécurité. Les matelas, foyers potentiels de punaises de lit, sont également proscrits. Et ce n'est pas tout : les peintures, solvants et autres produits chimiques dangereux nécessitent une élimination spécifique et ne peuvent être revendus. Le petit électroménager défectueux, comme un four avec un ou deux brûleurs hors service, est également un refus systématique.
Même les télévisions, qui semblent encore utilisables, peuvent poser problème. Les associations se retrouvent parfois avec un stock important d'appareils, ce qui rend leur vente difficile. Les CRT (télévisions à tube cathodique) sont particulièrement problématiques en raison de leur taille et de leur poids.

Une alternative : le troc et le don direct
Alors, que faire de ces objets dont vous n'avez plus besoin ? Plutôt que de les confier à une association, explorez d'autres pistes. Les groupes “Buy Nothing” ou les annonces sur Facebook Marketplace peuvent permettre de trouver un nouveau propriétaire à des objets encore en bon état. Vous pouvez également envisager le don direct à des personnes dans le besoin, ou encore organiser un vide-grenier pour donner une seconde vie à vos affaires.
En fin de compte, donner à une association doit être un acte réfléchi, et non un moyen de se débarrasser de ses encombrants sans discernement. Une économie de gestes et une démarche plus responsable peuvent faire une réelle différence pour les organisations qui œuvrent au quotidien pour les plus démunis.
